Entre ateliers, challenge, cartes et cadeaux, je n'ai guère de chose à vous montrer !
Ce sera donc, pour celles qui ont le courage et l'envie de me suivre aujourd'hui, une première matinée à Tombouctou que je vous proposerai.
Ici, nous partions nous coucher !!

J’ai bien dormi […]

 

Et Fatouma nous a préparé des abats de mouton pour le petit déjeuner !

Marie et maman grimacent…elles grignotent leur pain.

Jean Paul, Henri et papa sont moins réticents…ils goûtent par curiosité et trouvent ça très bon.

Moi qui n’aime pas les petits déjeuners sucrés, … je me régale.

 

 

Nous partons enfin à la découverte de la mystérieuse Tombouctou.

Asco nous conduit d’abord à la grande mosquée « Djingareïber » puis nous irons au musée.

 

En chemin nous faisons halte dans une école primaire.

La cour intérieure est superbe.

C’est une femme d’une très grande beauté et à qui l’on ne saurait donner d’âge qui nous reçoit. Elle est la directrice.

Marie et Jean Paul sont à la recherche d’une amie de la meilleure amie de Laure qui dirige une école à Tombouctou. Ils ont pour elle médicaments, cahiers et crayons. Mais nous ne sommes pas chez la bonne personne. La directrice nous explique que la femme que nous cherchons est, en ce moment, à Bamako où elle a été passer les fêtes en famille.

 

Son accueil n’en est pas moins chaleureux.

Elle offre une natte à maman. Marie et Jean Paul partagent leur colis et lui en donnent une part.

Après les salutations de rigueur, nous poursuivons notre promenade.

 

Dans la rue, une jeune femme nous rattrape .

Je reconnais en elle la jeune fille qui se tenait discrètement derrière la directrice que nous venons de saluer. Elle nous porte une seconde natte, plus grande et plus travaillée, pour maman.

Celle-ci, pour la remercier, lui donne 1000 francs CFA.

 

 

Les rues de Tombouctou, envahies par le sable, sont étrangement calmes et désertes.

En ce début de matinée, le soleil est déjà chaud et l’atmosphère est lourde.

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Djingareïber ne ressemble en rien aux mosquées que j’ai visitées jusqu’alors.

D’un style particulièrement dépouillé, elle est construite sur les fondations de celle édifiée, au quatorzième siècle, pour le compte de l’empereur Kankou Moussa à son retour de La Mecque, par des maçons égyptiens et des menuisiers yéménites, sous la direction de l’architecte andalou Es-Saheli.

 

Depuis 1989 cette Mosquée inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial en Péril bénéficie d’un projet de sauvegarde cogéré par le Centre du Patrimoine Mondial de l’Unesco et le Ministère de la Culture.

Pour 2500 francs CFA , elle est une des rares mosquées maliennes que l’on peut visiter.

Pour répondre aux nombreux abus de touristes souvent peu scrupuleux, beaucoup de communes ont choisi de n’en autoriser l’accès qu’aux seuls musulmans.

 

Son architecture s’inspire des pyramides d’Egypte.

Les façades en banco, aveugles et massives, sont très larges à la base et diminuent au sommet.

Elles sont soutenues par de lourds renflements.

Le minaret, de forme pyramidal puis conique, est hérissé de pieux servant à l’entretien des murs, mais également aux repos des défunts.

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L’intérieur est très sombre : la lumière n’y pénètre que par de rares ouvertures ou de larges portes en bois ornées de clous. L’atmosphère y est fraîche… presque humide et semble particulièrement convenir à une communauté nombreuse d’oiseaux aux plumages variés.

 

A l’entrée, un panneau indique les horaires de prière.

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Le mihrab, creusé dans le mur, éclairé d’un simple néon de lumière crue est nu de tout ornement.

La sérénité et la douceur qui règnent dans l’extension réservée à la prière du vendredi nous incite plus volontiers, pauvres infidèles, à la rêverie et au repos.

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Le guide nous fait partager les secrets des moindres recoins.

Chacun d’entre eux est légende ou symbole : ici, une porte reste définitivement close pour marquer l’exclusion de celui qui a trahi ; là se recueillent les âmes bienveillantes qui recherchent bonheur et fécondité…

 

 

Notre chemin se poursuit vers le Musée.

Edifié récemment dans la maison Essayouti, il réunit dans ses pièces un fatras indescriptible d’objets et d’ornements traditionnels.

Vêtements, besaces et chapeaux, poteries, vanneries, instruments de musique, cuirs et armes se mêlent et s’entremêlent sans distinction particulière. Beaucoup, cependant, par leur beauté ou leur originalité, retiennent notre attention.

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Pendu à un clou, dans une pièce sombre et poussiéreuse, Henri remarque un chèche : c’est celui d’un imam. Il ne le met qu’une fois par an en Avril, pour la fête de Maouloud, l’anniversaire de la naissance du prophète. A ses côtés, le boubou bleu est un vêtement de cérémonie masculin, entièrement brodé à la main. Chaque homme en possède au moins un qu’il revêt les jours de fête.

Asco nous explique que son jeune frère est couturier et qu’il a été formé par un maître à ce genre d’ouvrage. Ailleurs ce sont des bottes de cuir brodées mains, un coffre sculpté, un oud empoussiéré, …

Moi, c’est une curieuse baignoire en terre que je préfère… sa taille, cependant, ne laisse guère de place qu’aux pieds ou aux mains !!! Et, en dépit des explications des maîtres des lieux, j’imagine qu’il s’agit plutôt d’une de ces ingénieuses cuvettes traditionnelles réservées aux ablutions précédant chaque repas.

 

La maison, quant à elle, présente toutes les caractéristiques architecturales d’une maison traditionnelle de style soudano-maghrébin. Elle est superbe… et je me surprends vite à imaginer quel genre de château extraordinaire je pourrais y aménager si toutefois elle avait été mienne.

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Le retour est lent, dans un dédale de rues où il nous est difficile de se repérer…

 

Asco nous conduit d’abord devant l’immeuble qu’Awa a acheté et que papa et maman ont déjà visité lors de leur premier séjour. Elle projette d’en faire un hôtel pour la fin de l’année. Le bâti est beau mais demande d’être largement rénové ; et la tâche sera d’autant moins simple qu’il est inhabituel pour un Africain de se faire diriger par une femme. Il lui faudra avant tout faire oublier orgueil et préjugés à ses ouvriers…!

 

Devant l’hôtel Colombe, nos vieux instincts franchouillards reprennent le dessus : voilà cinq longs jours que nous avons quitté Mopti… et la soif est intense. Papa, Jean Paul, Henri et moi salivons à l’idée de pouvoir enfin déguster une bonne bière bien fraîche… mais ces dames, nettement moins assoiffées, estiment qu’il faudra attendre le soir pour nous satisfaire enfin !!

 

Puis j’entre avec Asco, toujours soucieux de faire fonctionner son nouveau téléphone, dans un magasin spécialisé. Le vendeur reste perplexe devant ce que j’essaie de lui expliquer… les méthodes maliennes de débridage ne semble pas correspondre aux nôtres !!! L’affaire n’est pas gagnée…

 

Dehors, je retrouve maman en grande discussion avec trois jeunes touaregs !

Je suis présentée au plus jeune, Mohammed le Magnifique, un splendide garçon de 12 ans, au français irréprochable et à la tchatche exercée !!

L’enfant est superbe… on le croirait sorti tout droit d’un magazine touristique vantant les beautés de l’Afrique et de ses Hommes : il a de grand yeux bruns, de longs cils noirs, un sourire éclatant, des mains d’une finesse peu commune… ses cheveux ras sont dissimulés sous un litham indigo flamboyant assorti à son boubou !!!

 

Nos jeunes touaregs nous accompagnent désormais.

L’un converse avec Marie, l’autre avec Henri…

 

Mohammed reste avec moi.

Il est intelligent et cultivé.

Il me raconte sa vie dans le désert : s on village nomade est proche de la ville; il est étudiant la semaine à Tombouctou; plus tard il souhaite devenir médecin et retourner dans son village; ce week-end , sa sœur se marie… Il m’interroge sur mon pays, mon âge, ce que je fais, ce que je suis…

 

Notre conversation est interrompue par un éclat de rire franc et sonore…

Papa vient de faire la connaissance de l’imam de la Mosquée de Sankoré.

Un large sourire jovial, les yeux dissimulés derrière une paire de Ray-Ban, un boubou blanc éclatant, l’homme ne correspond en rien à l’image que l’on se fait de ces hauts dignitaires de la religion musulmane. Il nous souhaite traditionnellement la bienvenue au Mali… S’inquiète de savoir si Tombouctou nous plait. Nous échangeons quelques mots sur la France puis chacun s’en retourne.

 

Mohammed , qui s’était retiré auprès de ses amis quelques instants, me rejoint…

Il me raconte alors que ses parents sont artisans. Ils travaillent le cuir et les métaux…il me montre les quelques babioles qu’il a dans les poches: un porte monnaie, un collier, un étui de poignard…

Il m’en vante la finesse… Il me propose une promenade en chameau jusqu’au village… où il demandera à sa mère de me préparer le thé ! Peut être voudrais-je alors leur acheter quelques objets…

 

Marie et Henri, font l’objet de la même proposition…

 

Nous leur expliquons chacun que nous vivons chez Asco, qu’il est notre maître et guide à Tombouctou, et que nous ne pouvons pas quitter le groupe sans lui en référer.

D’autant qu’il est proche de midi et que sa femme nous attends  certainement pour le repas.

Une autre fois peut être… probablement pas cependant.

 

… Et le mythe touareg s’écroule !!

 

Traditionnellement, les touaregs sont des nomades berbères.

Leur territoire s’étend sur tout le « Sahara occidental ».

Jadis maîtres incontestables des pistes caravanières et du commerce transsaharien, farouches gardiens de leur culture et de leur Terre, ils ont su se faire craindre tout au long de l’histoire tant par les ethnies voisines que par le colonisateur auprès desquels ils ont acquis la solide réputation de grands guerriers parfois sanguinaires. La décolonisation et le tracé aléatoire des frontières au Sahara ont cependant rendu leurs migrations difficiles et affaibli leur suprématie. De sorte qu’aujourd’hui , les touaregs se consacrent presque exclusivement à l’élevage des chèvres et des dromadaires et certains sont sédentaires.

Aux abords des villes, ils font commerce de leur artisanat : bijoux, cuirs, vanneries, etc.

Ce sont certes de bons artisans, et leurs ressources dépendent pour beaucoup de la bonne volonté des touristes, mais leur insistance est parfois exagérée… et dans notre cas, elle devient agaçante…

 

Nos rapports se tendent…

Chacun connaît désormais la position de l’autre !

Et nos échanges ne sont plus que propositions douteuses et rebuffades…

 

Forcés bien malgré eux, nos jeunes touaregs nous abandonnent devant chez Asco…

Vaincus pour cette fois…mais certains de nous retrouver bientôt… et de nous persuader enfin !

 

Au salon, plongé dans la pénombre, nettoyé et délicatement assaini à l’encens, Fatouma nous accueille avec le sourire… Elle y a préparé du jus de fruit étonnamment frais et quelques verres pour nous désaltérer et nous faire patienter jusqu’au repas.


A demain pour du scrap !